Construis ta cascade de fichiers de contexte en 20 minutes
À la fin de cet article, tu auras trois fichiers en place (un général, un par projet, un que l’IA écrit toute seule) et une session qui sait déjà qui tu es avant que tu tapes ton premier mot. Compte vingt minutes, dont dix pour le seul fichier qui demande vraiment de réfléchir.
J’ai raconté ailleurs pourquoi mon atelier IA n’a pas six outils mais une seule pile de fichiers : trois étages de contexte qui se relisent automatiquement à chaque démarrage, et qui expliquent qu’une session ouverte deux semaines après la précédente reprenne exactement où j’en étais. C’était le principe. Ici, c’est le mode d’emploi : les commandes, les chemins exacts, le contenu à écrire dedans.
Ce qu’il te faut avant de commencer
Claude Code installé et lancé dans un dossier de projet réel, pas un dossier vide de test. L’exercice ne vaut que si le contexte que tu écris décrit quelque chose que tu fais vraiment. Prends le projet sur lequel tu travailles cette semaine.
Le principe se transpose à d’autres outils (les « instructions personnalisées » d’un chat web jouent un rôle proche), mais les chemins et commandes ci-dessous sont ceux de Claude Code.
Étape 1 — Le fichier général (5 minutes)
C’est le fichier que toutes tes sessions lisent, peu importe le projet. Son chemin :
~/.claude/CLAUDE.md
Sous Windows, ~ correspond à C:\Users\ton-nom\. Le dossier .claude existe déjà si tu as lancé Claude Code au moins une fois.
Le plus simple pour l’ouvrir sans chercher : dans une session, tape /memory et choisis l’entrée « User ». Si le fichier n’existe pas encore, la commande le crée.
Écris dedans ce que tu redis à chaque conversation. Un point de départ honnête, à adapter :
# Préférences générales
- Réponds en français. Va droit au but, pas de préambule.
- Pose-moi une question quand une consigne est ambiguë, plutôt que de deviner.
- Montre le code avant de l'expliquer ; l'explication tient en trois lignes maximum.
- Ne crée jamais de fichier dont je n'ai pas parlé.
Quatre lignes valent mieux que quarante. Ce fichier se charge dans chaque session : plus il est long, plus il coûte cher en contexte, et, c’est contre-intuitif, moins il est suivi. La documentation officielle recommande de rester sous 200 lignes par fichier (Claude Code — How Claude remembers your project). Tu es à quatre. Tu as de la marge, ne la remplis pas tout de suite.
Une seule syntaxe à connaître : @chemin/vers/fichier sur une ligne importe le fichier mentionné. C’est ce qui me permet de garder un fichier général qui ne contient que deux renvois et rien d’autre. Utile plus tard, inutile aujourd’hui : commence par écrire tes règles directement dedans.
Étape 2 — Le fichier du projet (10 minutes)
Celui-ci vit à la racine du projet, à côté de ton code :
mon-projet/
├── CLAUDE.md ← ici
├── src/
└── package.json
Ne pars pas de zéro. Dans une session ouverte sur le projet, tape :
/init
Claude parcourt le dossier et génère un premier CLAUDE.md avec ce qu’il a trouvé : commandes de build, de test, conventions repérées dans le code. Ça prend une minute et ça t’évite la page blanche.
Puis vient le vrai travail des dix minutes : élaguer et ajouter. Le fichier généré décrit ce que l’IA peut déjà déduire en lisant tes fichiers : c’est le contenu le moins utile. Ce qui compte, c’est ce qu’aucune lecture du code ne révèle :
# Contexte du projet
- Toujours lancer `npm test` avant de proposer un commit.
- L'authentification passe par le service maison dans `src/auth/`, pas par la lib du même nom.
- On ne touche jamais aux migrations déjà appliquées en production, on en ajoute une nouvelle.
- Les composants vivent dans `src/components/`, un dossier par composant, tests à côté.
Le test pour savoir si une ligne mérite d’être là : est-ce que je l’expliquerais à quelqu’un qui arrive lundi ? Si oui, elle a sa place. Si c’est visible en ouvrant deux fichiers, non.
Écris les décisions, les pièges, les « toujours » et les « jamais ». Une ligne concrète et vérifiable (« utilise une indentation de 2 espaces ») bat une ligne vague (« code proprement ») : l’IA ne sait pas quoi faire d’une intention, elle sait quoi faire d’une règle.
Si tu veux des préférences personnelles que tes collègues ne verront pas, mets-les dans CLAUDE.local.md à côté, et ajoute ce fichier à ton .gitignore.
Étape 3 — La mémoire, celle que tu n’écris pas (2 minutes)
Le troisième étage ne se rédige pas : il se déclenche. Quand tu corriges l’IA ou que tu lui donnes une préférence, elle en garde une note pour les sessions suivantes : c’est la mémoire automatique (auto memory), active par défaut. Les notes atterrissent dans un dossier dédié à ton dépôt, avec un fichier d’index MEMORY.md relu au démarrage de chaque conversation.
Ton seul geste aujourd’hui : la prochaine fois que tu corriges quelque chose pour la deuxième fois, dis-le explicitement.
Retiens ça : dans ce projet, on écrit les dates au format AAAA-MM-JJ, jamais JJ/MM/AAAA.
Puis va vérifier ce qui a été retenu : c’est le point important, parce que c’est le seul étage que tu ne contrôles pas directement. Tape /memory, ouvre le dossier de mémoire automatique : c’est du markdown ordinaire, lisible, modifiable, supprimable. Une note fausse s’efface à la main.
Chez moi, une de ces fiches dit que le mot Skill reste masculin dans mes articles. Donnée une fois, il y a plusieurs semaines. Jamais eu à la répéter depuis.
Vérifie que ça a marché
Ferme ta session, rouvre-la dans le projet, et tape :
/context
Cherche la section Memory files. Tes deux fichiers doivent y figurer : le général et celui du projet. S’ils n’y sont pas, ils ne sont pas chargés, et tout ce que tu as écrit dedans n’existe pas du point de vue de la session.
Deuxième vérification, plus parlante : pose une question dont la réponse dépend de ce que tu as écrit. « Quelle commande je lance avant de valider mes modifications ? » Si la réponse sort de ton CLAUDE.md, la cascade fonctionne.
Les trois ratés que j’ai faits à ta place
Tout mettre dans le fichier général. Mes règles de projet se sont retrouvées chargées dans toutes mes sessions, y compris celles où elles n’avaient aucun sens. Règle simple : si ça ne vaut que pour un dossier, ça vit dans ce dossier.
Écrire un roman. Un fichier de 300 lignes est moins suivi qu’un fichier de 30. Ce n’est pas une question de place, c’est une question d’attention : noyée dans le bruit, une consigne importante se dilue. Coupe sans pitié.
Se contredire d’un fichier à l’autre. Quand deux fichiers donnent des consignes opposées, l’IA en choisit une, et pas forcément la tienne. Relis ta pile de temps en temps : c’est exactement ce qui m’est arrivé début juillet : ma règle « toujours vérifier avant d’avancer un chiffre » existait bel et bien dans mes fichiers, mais je ne l’avais pas appliquée à la tâche en cours, et un article est parti avec une affirmation non sourcée dedans.
Tu as maintenant ta cascade
Trois fichiers, vingt minutes. Le général qui te décrit, celui du projet qui décrit le travail, la mémoire qui se remplit toute seule à mesure que tu corriges. C’était la promesse du début. Elle est tenue, et ta prochaine session démarrera avec tout ça déjà lu.
Ce qui reste à faire n’est pas de l’écriture, c’est de l’entretien : chaque fois que tu te surprends à retaper la même correction, c’est le signal qu’une ligne manque quelque part.
En résumé
~/.claude/CLAUDE.md: tes préférences, valables partout. Quatre lignes suffisent pour commencer.CLAUDE.mdà la racine du projet : lance/initpour la trame, puis élague : garde ce qu’aucune lecture du code ne révèle.- La mémoire automatique se remplit seule ; ton travail est de la relire avec
/memory. - Vérification :
/contextdoit lister tes fichiers sous Memory files. - Reste court, reste concret, ne te contredis pas d’un fichier à l’autre.
Tu as commencé par quel fichier : le général ou celui du projet ? Dis-le-moi en commentaire.
Le concept derrière cette mise en pratique tient en 60 secondes sur TikTok : « l’atelier IA ». La vidéo est ici.
Cet article est la mise en pratique de Mon atelier IA n’a pas 6 outils, il en a un : moi qui organise. Abonne-toi au blog pour la suite de la série.