Active les trois réglages sur un cas réel : un texte, une décision, une source

À la fin de cet article, tu auras fait passer une vraie tâche (une seule, du début à la fin) par les trois réglages que j’active avant de formuler la moindre demande. Vingt-cinq minutes, un livrable réel, et une source cliquable au bout.

J’ai raconté ailleurs les trois interrupteurs que j’active avant même d’écrire un prompt : un contexte qui se relit tout seul, un niveau de raisonnement ajusté à l’enjeu, une recherche déclenchée avant et après toute affirmation risquée. C’était le principe, né d’un presque-raté : un chiffre plausible que j’ai failli publier sans l’avoir vérifié. Voici les gestes, dans l’ordre, sur ton propre cas.

Choisis ton cas réel maintenant

Pas un exercice. Une tâche que tu dois vraiment livrer cette semaine, et qui contient au moins une affirmation factuelle : un chiffre, une date, une comparaison. Une note de synthèse pour ton équipe, un courriel qui engage une décision, un billet que tu vas publier.

Écris en une phrase ce que tu dois produire. Garde-la sous les yeux : c’est le fil rouge des trois étapes.

Réglage 1 — Le contexte : vérifie, ne construis pas (5 minutes)

Celui-ci, tu ne l’actives pas à chaque tâche. Tu l’as construit une fois, ou tu ne l’as pas construit du tout. La seule chose à faire ici, c’est vérifier qu’il est bien chargé, parce qu’un fichier de contexte qui existe sur ton disque mais ne se charge pas ne sert à rien.

Lance ta session dans le dossier de la tâche, puis :

/context

Cherche la section Memory files. Tes fichiers doivent y figurer. S’ils n’y sont pas, ils ne sont pas lus, et tout ce que tu as écrit dedans n’existe pas du point de vue de cette session.

Si la liste est vide, ne bricole pas maintenant : note-le, finis ta tâche avec les deux autres réglages, et construis la cascade plus tard : c’est un exercice de vingt minutes que j’ai détaillé dans le premier hands-on de cette série. C’est le plus rentable des trois, mais ce n’est pas celui qui se règle en cours de route.

Réglage 2 — Le raisonnement : ajuste-le à l’enjeu (5 minutes)

Deuxième réglage, et celui-là tu le changes à chaque tâche. Il ne rend pas l’IA plus savante : il change combien de temps elle prend à réfléchir avant de répondre.

Trois gestes concrets, du plus léger au plus engageant.

Le raisonnement étendu. Alt+T (ou Option+T sur Mac) l’active ou le désactive (Claude Code — Interactive mode). Active-le si ta tâche implique un arbitrage, laisse-le de côté pour une reformulation simple.

Le modèle. Alt+P (Option+P sur Mac) permet d’en changer sans effacer ce que tu as déjà tapé. Ma règle générale, avec la famille Claude : je planifie avec Opus, je travaille avec Sonnet, je documente et j’archive avec Haiku. Une décision qui va structurer ton travail pendant des mois mérite le meilleur raisonnement disponible ; ranger un fichier, non. Le mode opusplan fait la bascule tout seul : le modèle le plus capable pense le plan, l’autre exécute.

Le mode plan. Shift+Tab (ou Alt+M sous Windows si ton terminal l’ignore) fait défiler les modes jusqu’à plan : l’IA explore et propose un plan écrit sans rien modifier, et tu dois l’approuver avant qu’elle agisse. Sur une tâche à enjeu, c’est le geste qui rapporte le plus, parce qu’il te montre l’approche avant le résultat, quand il est encore facile de dire non.

Pour ton cas réel : mode plan, et demande le plan.

Avant de rédiger : propose-moi le plan de cette note, les sources que tu comptes
utiliser, et dis-moi ce qui reste ambigu dans ma demande.

Réglage 3 — La recherche : deux fois, pas une (10 minutes)

Le troisième, et celui qui m’a évité un vrai problème. Ce n’est pas un bouton qu’on laisse sur « on ». Enfin, si, dans une interface grand public comme Claude.ai ou ChatGPT, c’en est littéralement un. Dans un usage en ligne de commande, c’est un réflexe ponctuel, à déclencher soi-même, à deux moments distincts.

Passe 1, avant d’écrire. Dès que ton plan contient un chiffre ou un fait, ancre-le avant que la phrase existe :

Avant de rédiger : cherche des sources récentes et citables pour chaque chiffre du plan.
Donne-moi le lien et la date de publication. Si tu ne trouves pas de source solide,
dis-le au lieu de garder le chiffre.

La dernière phrase est la plus importante. Sans elle, une IA complète ta demande avec ce qui ressemble statistiquement à une bonne réponse : le genre d’affirmation qui « sonne juste » sans avoir été confrontée à quoi que ce soit de vérifiable.

Passe 2, avant de publier. Le texte est écrit, tu es content, tu vas cliquer. C’est exactement là que la seconde passe rapporte :

Relis ce texte en assurance qualité. Pour chaque affirmation factuelle : est-elle sourcée,
la source dit-elle bien ça, et est-elle encore à jour ? Liste les problèmes, ne corrige pas.

Cette deuxième passe n’est pas une redondance. En préparant les six articles précédents de cette série, elle a débusqué un chiffre périmé dans un article déjà marqué comme prêt, une confusion technique entre deux mécanismes voisins, et un automatisme censé tourner toutes les quinze minutes qui tournait en réalité toutes les heures depuis deux semaines. Trois erreurs qu’une relecture normale avait laissées passer.

Vérifie que les trois ont servi

Ton livrable doit satisfaire trois conditions, dans l’ordre des réglages :

  1. Contexte : le texte sonne comme toi sans que tu aies eu à réexpliquer ton ton.
  2. Raisonnement : tu as vu un plan avant de voir un résultat, et tu as pu dire non.
  3. Recherche : chaque affirmation factuelle porte un lien que tu peux ouvrir. Ouvre-en un, vraiment. Vérifie qu’il dit bien ce que ton texte lui fait dire.

Si les trois sont vraies, tu viens de livrer quelque chose que tu peux défendre.

Le raccourci pour ne plus jamais y penser

Un réflexe qu’on répète systématiquement, c’est la définition même d’un Skill plutôt que d’un geste manuel qu’on doit se rappeler de faire. Rien ne t’empêche de transformer la passe 2 en Skill de vérification (description, critères, et l’exigence d’une source citable) en quinze minutes, avec la méthode du hands-on sur le premier Skill.

Je ne l’ai toujours pas fait moi-même. C’est clairement la suite logique, et je le note ici en public pour m’obliger à m’y mettre.

Les trois réglages sont passés sur ton cas

Un contexte vérifié, un raisonnement ajusté à l’enjeu, une recherche menée avant et après. C’était la promesse, et tu as un livrable réel au bout, pas un exercice.

Aucun de ces trois réglages n’est un prompt. Ce sont des décisions prises avant même le premier mot, et c’est précisément pour ça qu’elles comptent plus que n’importe quelle formule.

En résumé

  • Contexte : /context doit lister tes fichiers sous Memory files. S’il est vide, ce n’est pas réglable en cours de tâche : construis-le à part.
  • Raisonnement : Alt+T pour le raisonnement étendu, Alt+P pour changer de modèle, Shift+Tab pour le mode plan. Planifier avec le plus capable, exécuter avec l’intermédiaire, archiver avec le plus léger.
  • Recherche, deux fois : avant d’écrire pour ancrer les chiffres, après avoir écrit pour les revérifier. Exige explicitement qu’une absence de source soit signalée.
  • Vérifie en ouvrant un lien au hasard dans ton texte, et en confirmant qu’il dit bien ce que tu lui fais dire.

Toi, laquelle des deux passes de recherche t’a rattrapé en premier ? Dis-le-moi en commentaire.


Le concept derrière cette mise en pratique tient en 60 secondes sur TikTok : « trois interrupteurs avant de prompter ». La vidéo est ici.

Cet article est la mise en pratique de Trois interrupteurs à activer avant même d’écrire un prompt, et conclut la série des sept mises en pratique. Abonne-toi au blog pour la suite, d’autres essais, et d’autres ratés, à venir.

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