Trois interrupteurs à activer avant même d’écrire un prompt
Début juillet, j’ai failli publier un article de blog avec une affirmation non vérifiée dedans : un chiffre plausible, jamais confirmé. Je m’en suis rendu compte avant de cliquer « publier », et j’ai dû aller chercher une vraie source (IBM, dans ce cas) pour étayer ce que j’avançais. Ce presque-raté n’avait rien à voir avec un mauvais prompt. Il avait à voir avec un réglage que je n’avais pas activé à temps : la recherche.
C’est le troisième d’une série de trois choses que j’active systématiquement avant même de formuler ma demande, pas après, pas en réaction à un mauvais résultat.
1. Le contexte persistant, déjà réglé une fois
J’en ai parlé en détail dans les articles précédents de cette série (mon atelier IA et mon second cerveau) : mes fichiers de règles et ma base de connaissances sont relus automatiquement à chaque session. Ce premier interrupteur, je ne le touche plus : il est déjà activé en permanence par construction. Si tu n’as encore rien mis en place, commence par là : c’est le plus rentable des trois.
2. Le niveau de raisonnement, pas le même pour tout
Deuxième réglage, celui-là je le change à chaque tâche. Pour une réponse rapide ou une reformulation simple, un raisonnement léger suffit. Pour trancher une décision qui va structurer un projet pendant des mois, ou pour relire un texte en profondeur avant publication, je demande explicitement un effort de raisonnement plus élevé : le modèle prend le temps de comparer plusieurs pistes avant de répondre, plutôt que de sortir la première réponse plausible.
Ce n’est pas un réglage magique qui rend l’IA plus savante. C’est un réglage qui change combien de temps elle prend pour réfléchir avant de te répondre. Pour une tâche importante, ce temps supplémentaire change vraiment la qualité de ce qui sort.
Ma règle générale, avec la famille de modèles Claude : je planifie avec Opus (le plus capable), je travaille avec Sonnet (l’intermédiaire), je documente ou j’archive avec Haiku (le plus léger et le plus rapide). Une décision d’architecture mérite le meilleur raisonnement disponible ; écrire le code une fois la décision prise n’a pas besoin du même niveau ; ranger un livrable dans le bon dossier encore moins. Je viens littéralement de l’appliquer à moi-même en commençant cette session : j’ai basculé sur un mode qui utilise Opus pendant que je réfléchis au plan, puis Sonnet pour l’exécuter une fois le plan approuvé, je n’ai pas eu à choisir à la main à chaque étape, le réglage fait la bascule tout seul.
3. La recherche, celui qui m’a évité un vrai problème
Ici, le mot « interrupteur » est un peu trompeur, et je préfère être précis plutôt que d’entretenir la confusion. Dans une interface grand public (Claude.ai, ChatGPT), la recherche est littéralement un bouton qu’on bascule pour toute une session : une fois activé, l’IA va chercher de vraies pages web avant de répondre, plutôt que de s’appuyer seulement sur ce qu’elle a appris pendant son entraînement.
Dans mon usage à moi, ce n’est pas un réglage permanent : c’est un réflexe ponctuel, que je déclenche moi-même à chaque fois qu’une affirmation à risque s’apprête à sortir : un chiffre, un fait récent, quelque chose que je vais publier sous mon nom. Revenons à mon presque-raté : l’affirmation que j’avais failli publier n’était pas fausse par malveillance : c’était le genre de phrase qui « sonne juste » sans être vérifiée. C’est exactement ce que produit une IA quand elle n’a pas cherché de source réelle : elle complète ta demande avec ce qui ressemble statistiquement à une bonne réponse, sans l’avoir confronté à quoi que ce soit de vérifiable.
Lancer une recherche ciblée avant de formuler ou de publier ce genre d’affirmation force le modèle à s’ancrer dans des sources qu’on peut citer, plutôt que dans une impression de plausibilité. Mais la recherche n’a pas qu’un moment : je l’utilise avant, en planifiant (vérifier qu’un fait tient avant même de l’écrire), et tout autant après, en assurance qualité : relire ce qui vient d’être produit et vérifier chaque affirmation une seconde fois avant de cliquer « publier ». En préparant les six articles précédents de cette série, cette deuxième passe m’a servi plus d’une fois : elle a débusqué un chiffre périmé dans un article déjà marqué comme prêt, une confusion technique entre deux mécanismes proches, et un mécanisme censé tourner toutes les 15 minutes qui tournait en réalité toutes les heures depuis deux semaines. Depuis mon presque-raté, je ne laisse plus passer une affirmation chiffrée sans être passé par cette étape, ni avant de l’écrire, ni avant de la publier.
Ce que tu peux retenir
Trois réglages, dans cet ordre d’importance pour démarrer :
- Un contexte qui se relit tout seul : à construire une fois, qui te sert ensuite à chaque session.
- Un niveau de raisonnement ajusté à l’enjeu : léger pour le rapide, élevé pour ce qui compte vraiment.
- La recherche activée dès que tu vas publier ou décider sur la base d’un fait, avant ET après : pour ne jamais répéter mon presque-raté du début juillet.
Aucun de ces trois réglages n’est un prompt. Ce sont des décisions que tu prends avant même de taper le premier mot, et c’est précisément pourquoi elles comptent plus que n’importe quelle formule magique.
D’ailleurs, un réflexe qu’on répète systématiquement, c’est exactement la définition d’un Skill plutôt que d’un geste manuel qu’on doit se rappeler de refaire. Rien ne m’empêche de transformer ce troisième réglage en Skill qui vérifie lui-même chaque affirmation chiffrée avant publication et exige une source officielle citable. Je ne l’ai pas encore fait, mais après ce presque-raté, c’est clairement la suite logique.
En résumé
- Trois réglages activés avant même de formuler une demande : un contexte qui se relit tout seul, un niveau de raisonnement ajusté à l’enjeu, une recherche déclenchée avant et après toute affirmation risquée.
- Le niveau de raisonnement se choisit selon ce qui est en jeu : planifier avec le modèle le plus capable, exécuter avec un modèle intermédiaire, documenter avec le plus léger.
- La recherche n’est pas qu’un réflexe de pré-publication : une deuxième passe après coup (l’assurance qualité, AQ) rattrape ce qu’une première lecture a manqué.
- Aucun de ces trois réglages n’est un prompt : ce sont des décisions prises avant même de taper le premier mot.
Toi, t’est-il déjà arrivé de faillir publier quelque chose de non vérifié ? Dis-le-moi en commentaire.
Cet article reprend, en version écrite, ma vidéo « trois interrupteurs avant de prompter » publiée sur TikTok. Si tu veux la version courte, elle est ici.
Ceci conclut une série de sept articles sur ma pratique quotidienne de l’IA. Merci de l’avoir suivie : mon atelier IA, vibecoder sans se faire piéger, un Skill Claude, mon second cerveau, le prompt magique et mes refus. Abonne-toi au blog pour la suite, d’autres essais (et d’autres ratés) à venir.