Documente ta liste de refus en 15 minutes (et branche-la sur ton IA)

À la fin de cet article, tu auras un fichier de refus : la liste écrite de ce que tu ne veux jamais voir sortir sous ton nom, branchée sur ton IA pour qu’elle s’applique toute seule. Quinze minutes, et tu ne corrigeras plus jamais les mêmes trois tournures à la main.

J’ai expliqué ailleurs pourquoi mon goût, ce sont mes refus : une préférence est vague (« écris de façon accessible »), un refus est net (« jamais ce mot, jamais ce genre d’accroche »). C’est la partie nette qui protège vraiment ta voix. Voici comment la mettre par écrit sans y passer la soirée.

Ce qu’il te faut

Trois textes récents produits avec l’aide d’une IA et que tu as corrigés à la main avant publication : courriels, publications, articles, comptes-rendus, peu importe. Si possible, les deux versions : ce qui est sorti, ce que tu as envoyé.

C’est là que ta liste est déjà écrite, en creux. Tu ne vas pas l’inventer, tu vas la relever.

Étape 1 — Relever tes corrections (7 minutes)

Relis tes trois textes et note chaque endroit où tu as changé quelque chose sans que ce soit une erreur factuelle. Pas d’analyse pour l’instant : une liste brute.

Tu vas voir des motifs se répéter presque immédiatement. Chez la plupart des gens, ce sont les mêmes familles :

  • Des mots trop enthousiastes : « incroyable », « révolutionnaire », « game-changer ».
  • Des tournures d’appel à l’action que tu ne fais jamais dans la vraie vie.
  • Des anglicismes que tu remplaces systématiquement.
  • Des affirmations trop rondes, du genre « tout le monde sait que… ».
  • Des accroches sensationnalistes (« tu ne devineras jamais ce qui… ») qui promettent une révélation et ne livrent rien.

Si tu bloques, demande-le directement à ton IA, elle a les deux versions sous les yeux :

Voici ce que tu as produit et ce que j'ai publié après correction. Liste chaque écart
et classe-les par motif récurrent. Ne commente pas, liste.

Étape 2 — Trier en trois catégories (3 minutes)

Range tes relevés dans trois seaux, pas plus :

Ce que tu ne veux jamais lire : les mots, les tournures, les formats. C’est le seau le plus gros et le plus facile à remplir.

Ce que tu ne veux jamais faire publiquement, même quand c’est tentant. Chez moi : vendre quoi que ce soit avant d’avoir construit une vraie crédibilité éditoriale. Décision assumée jusqu’en 2028, écrite noir sur blanc, et qui explique qu’aucun article de ce blog ne te propose de me contacter.

Ce que tu corriges systématiquement : les arbitrages que tu as déjà tranchés une fois et que tu ne veux plus retrancher. Mon exemple préféré parce qu’il est minuscule : « Skill » est un anglicisme sans genre fixe en français ; j’ai tranché une fois (masculin) et je ne l’ai plus jamais corrigé depuis.

Étape 3 — Écrire le fichier (3 minutes)

Un fichier, un nom explicite. Mets-le où tu retrouves tes affaires :

~/notes/methodes/mes-refus.md

Écris-le en interdits nets, jamais en intentions :

# Ce que je ne publie jamais

## Mots et tournures bannis
- « incroyable », « révolutionnaire », « game-changer », « ultime »
- Les accroches sensationnalistes du type « tu ne devineras jamais… »
- « N'hésitez pas à » : je n'écris jamais ça

## Ce que je ne fais jamais publiquement
- Aucun appel à l'action commercial, aucune mention de tarifs
- Aucune promesse que je ne peux pas mesurer

## Arbitrages déjà tranchés
- « un Skill », masculin, toujours
- Français international : « courriel », pas « email » ; « téléverser », pas « uploader »
- Les dates s'écrivent AAAA-MM-JJ

Le test de qualité d’une ligne : est-ce que quelqu’un d’autre pourrait vérifier si la règle a été respectée ? « Pas de ton commercial » est discutable ; « jamais le mot tarif » ne l’est pas. Vise le second.

Étape 4 — Le brancher (2 minutes)

Un fichier que personne ne lit ne sert à rien. Deux façons de le connecter, selon l’usage.

Pour tes projets d’écriture, importe-le dans le CLAUDE.md du projet. La syntaxe @ sur une ligne charge le fichier au démarrage de chaque session (Claude Code — How Claude remembers your project) :

# Contexte du projet : blog

@~/notes/methodes/mes-refus.md

Ce fichier s'applique à tout texte publié sous mon nom.

Pour un usage ponctuel dans un chat web, colle son contenu dans les instructions personnalisées. Même effet, moins automatique.

Un avertissement au premier lancement : un import qui pointe en dehors du dossier du projet déclenche une demande d’autorisation. C’est normal : accepte, et tu n’y repenseras plus.

Vérifie que le refus tient

Ne relis pas ton fichier : teste-le. Demande volontairement quelque chose qui devrait déclencher un refus.

Écris-moi une accroche vraiment percutante pour mon prochain article, du genre
qui donne envie de cliquer.

Si ce qui revient contient une accroche sensationnaliste, ta règle est trop vague : reformule-la avec l’exemple exact de ce que tu ne veux pas voir. Si l’IA te propose autre chose en signalant qu’elle évite ce registre, c’est branché.

Refais ce test après chaque ajout de règle. Trente secondes, et tu sais si la ligne que tu viens d’écrire a un effet réel ou décoratif.

Ce fichier ne sera jamais terminé

C’est une caractéristique, pas un défaut. Chaque fois que tu corriges quelque chose à la main pour la deuxième fois, c’est une règle qui manque : tu l’ajoutes, et elle s’applique à tout ce qui suit.

Ça m’est arrivé en écrivant l’article-concept de ce sujet : j’ai découvert au fil de la rédaction que je refusais les accroches sensationnalistes, une règle que je n’avais jamais formulée. Elle est entrée dans mon fichier le jour même, et elle s’applique depuis à tout, y compris à cet article-ci.

Ta liste existe

Trois textes relus, trois catégories, un fichier d’interdits nets, un import, un test. C’était la promesse : ce que tu corrigeais à la main est maintenant appliqué avant que tu aies à le lire.

Commence par les refus. Les préférences (ton ton, tes sujets, tes tournures favorites) viendront toutes seules après, et elles auront moins d’effet que celles-là.

En résumé

  • Ta liste de refus est déjà écrite : elle est dans les corrections que tu fais à la main sur tes trois derniers textes.
  • Trois catégories suffisent : ce que tu ne veux jamais lire, ce que tu ne veux jamais faire, ce que tu corriges systématiquement.
  • Écris des interdits vérifiables : « jamais le mot tarif » plutôt que « pas de ton commercial ».
  • Branche le fichier avec un import @chemin dans le CLAUDE.md de ton projet d’écriture.
  • Teste-le en demandant volontairement ce qu’il doit refuser. Une règle qui ne résiste pas au test est décorative.

Toi, c’est quoi le premier mot qui est entré dans ta liste ? Dis-le-moi en commentaire.


Le concept derrière cette mise en pratique tient en 60 secondes sur TikTok : « mon goût, ce sont mes refus ». La vidéo est ici.

Cet article est la mise en pratique de Mon goût, ce sont mes refus, pas mes préférences. Abonne-toi au blog pour la suite de la série.

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