Transforme ton prompt-monstre en fichier de contexte : 20 minutes, trois piles

À la fin de cet article, ton prompt de 400 mots que tu recolles à chaque fois sera devenu deux choses : un fichier que l’IA lit toute seule, et une demande de deux lignes. Vingt minutes, un tri en trois piles, et une comparaison qui te dira si ça a marché.

J’ai raconté ailleurs pourquoi j’ai arrêté de chercher LE prompt magique : le meilleur prompt de ma semaine faisait deux mots, « on enchaîne », et il a suffi à faire avancer une série de sept articles, parce que tout le reste avait été posé avant. Voici comment faire ce déménagement sur ton propre prompt.

Ce qu’il te faut

Ton prompt le plus long. Celui que tu gardes dans un fichier texte, une note, ou un dossier de prompts favoris, et que tu recolles en le retouchant à peine. S’il en fait moins de dix lignes, prends-en un autre : l’exercice n’a d’intérêt qu’avec du volume.

Colle-le dans un fichier de travail à part. On va le découper.

Étape 1 — Le tri en trois piles (10 minutes)

Relis ton prompt ligne par ligne et attribue chaque phrase à une des trois piles. Pas de quatrième pile, pas de « ça dépend ».

Pile A : permanent. Vrai à chaque fois que tu utilises ce prompt, et probablement vrai pour d’autres tâches aussi. « Réponds en français. » « Je travaille dans le domaine de la santé. » « N’utilise jamais de superlatifs. » « Mon public est composé de dirigeants de PME. »

Pile B : propre à la tâche. Vrai pour ce type de demande précis, pas ailleurs. « Structure la réponse en trois sections. » « Termine par une question ouverte. » « Vise 800 mots. »

Pile C : bruit. Ce qui ne change rien au résultat. Les politesses, les « je veux que tu agisses comme un expert de… », les redites, les menaces (« c’est très important pour ma carrière »), les mises en scène. Tu seras surpris du volume : chez moi, c’était près du tiers.

Un doute entre A et B ? Pose-toi la question : est-ce que je voudrais ça aussi pour une demande d’un autre type ? Oui → pile A.

Étape 2 — La pile A devient un fichier (5 minutes)

Ouvre ton fichier de préférences générales, celui que toutes tes sessions lisent, quel que soit le projet :

~/.claude/CLAUDE.md

Le raccourci pour l’ouvrir sans le chercher : tape /memory dans une session et choisis l’entrée utilisateur. Colles-y ta pile A, reformulée en règles courtes et vérifiables :

# Préférences générales

- Réponds en français, registre professionnel mais direct.
- Mon public : dirigeants de PME, pas des spécialistes techniques.
- Jamais de superlatifs ni de promesses non mesurables.
- Chiffre tes affirmations ou cite une source ; sinon, dis que tu n'es pas sûr.

Deux garde-fous en écrivant :

  • Concret plutôt que vague. « Réponds en français » est vérifiable ; « écris bien » ne l’est pas. L’IA ne sait pas quoi faire d’une intention.
  • Court. La documentation officielle recommande de rester sous 200 lignes par fichier : ces fichiers se chargent dans chaque session, et plus ils sont longs, moins ils sont suivis (Claude Code — How Claude remembers your project). Si ta pile A explose, c’est qu’il reste du bruit dedans.

Si certaines règles ne valent que pour un projet, elles vont dans le CLAUDE.md de ce projet, pas dans le fichier général. C’est la cascade que je détaille dans le premier hands-on de la série.

Étape 3 — La pile B devient un Skill (ou reste une demande) (3 minutes)

Deux cas, et le critère est simple : est-ce que tu refais cette tâche au moins une fois par mois ?

Oui → ta pile B devient le corps d’un Skill, avec une description qui dit quand se déclencher. La fabrication tient en quinze minutes, je l’ai détaillée dans le hands-on sur le premier Skill.

Non → garde-la simplement dans ta demande. Une tâche ponctuelle ne mérite pas une infrastructure.

Quant à la pile C, elle ne va nulle part. Tu la supprimes. C’est la partie la plus satisfaisante de l’exercice.

Étape 4 — La comparaison qui prouve que ça marche (2 minutes)

C’est l’étape qu’on saute, et c’est la seule qui te dira la vérité.

Prends une demande réelle. Lance-la deux fois, dans deux sessions distinctes :

  1. Une fois avec ton vieux prompt-monstre collé en entier.
  2. Une fois avec ta demande courte, ton fichier de contexte faisant le travail en arrière-plan.
Rédige-moi le courriel de suivi pour le client Dupont, ton habituel.

Compare. Dans mon expérience, le résultat court est au minimum équivalent et souvent meilleur, parce que le prompt-monstre contenait des contradictions accumulées au fil des versions que personne n’avait jamais relues d’un bloc.

Si le résultat court est moins bon, tu n’as pas fini le tri : quelque chose d’important est resté dans la pile C. Récupère-le, mets-le dans la bonne pile, recommence. C’est un diagnostic, pas un échec.

Ce qui change vraiment après ce tri

Tu ne gagnes pas seulement les secondes du copier-coller. Tu gagnes le droit de converser au lieu de commander : préciser, corriger, valider au fil de l’eau, plutôt que d’essayer de tout anticiper dans un message parfait qui n’existe pas.

Et le jour où tu auras vraiment besoin d’un prompt long et structuré (ça arrive, pour une tâche ponctuelle hors de tout contexte déjà posé), tu n’auras pas à l’écrire à la main non plus. Demande-le :

Construis-moi le prompt pour cette tâche. Décompose ma demande, liste ce qui reste
ambigu, et dis-moi ton niveau de confiance sur chaque partie.

Ce n’est jamais à toi de refaire à la main ce qu’un système peut faire à ta place, même quand ce système fabrique un prompt.

Ton prompt-monstre est démonté

Trois piles, un fichier de contexte, une demande de deux lignes, et une comparaison qui l’a prouvé. C’était la promesse, et tu peux jeter le fichier de travail.

Le prompt parfait n’existe toujours pas. Le contexte posé une fois, lui, existe maintenant chez toi.

En résumé

  • Trie ton prompt en trois piles : permanent (A), propre à la tâche (B), bruit (C). Pas de quatrième pile.
  • La pile A va dans ~/.claude/CLAUDE.md (ou le CLAUDE.md du projet si elle n’y vaut que là), en règles courtes et vérifiables.
  • La pile B devient un Skill si tu refais la tâche au moins une fois par mois ; sinon elle reste dans ta demande.
  • La pile C se supprime : compte environ un tiers du volume initial.
  • Vérifie par comparaison : la même demande avec l’ancien prompt et avec la version courte. Un résultat court moins bon signale un tri inachevé, pas un échec de la méthode.

Toi, quelle proportion de ton prompt est partie à la pile C ? Dis-le-moi en commentaire.


Le concept derrière cette mise en pratique tient en 60 secondes sur TikTok : « le prompt magique n’existe pas ». La vidéo est ici.

Cet article est la mise en pratique de J’ai arrêté de chercher LE prompt magique. Abonne-toi au blog pour la suite de la série.

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